Évangéliser par l’organisation de loisirs paroissiaux

loisirs

Avant la révolution tranquille, l’Église organisait les loisirs municipaux

Au Québec, avant la « Révolution tranquille » qui a eu lieu avec l’élection du gouvernement libéral de Jean Lesage, les loisirs, comme tant d’autres services sociaux, étaient organisés par des bénévoles issus des paroisses. À cette époque, la société civile et la communauté chrétienne étaient un. C’est ainsi que, lorsque vous étiez enfant, votre entraîneur de hockey pouvait être votre catéchiste, que votre enseignante, votre voisine, vous enseignait à tisser, et que les camps de jour étaient l’affaire de la communauté religieuse établie dans votre village. Si les élèves de l’école organisaient une petite pièce de théâtre, vous pouviez être certains que le curé de la paroisse vous proposait de la tenir dans la grande salle paroissiale, au sous-sol de l’église, afin que tout le monde du village (toute la communauté chrétienne) puisse bénéficier d’un tel divertissement. Il y avait, à cette époque, un esprit de communauté. Les municipalités requéraient moins d’employés, car les nombreux services étaient dispensés par des bénévoles issus des communautés chrétiennes et religieuses.L'Église organisait les loisirs paroissiaux

Vatican 2 et la révolution tranquille poussent l’Église à revoir sa mission et ses ministères

Il peut s’avérer ardu de distinguer lequel de ces deux évènements majeurs des années 60 a le plus influencé le changement dans l’organisation des services de loisirs. La société Canadienne-Française, qui deviendra bientôt Québécoise, choisit alors de faire preuve d’une plus grande autonomie, voire d’une plus grande souveraineté, sur ses affaires sociales et de chasser les influences extérieures. « Maître chez nous » était le slogan politique du nouveau gouvernement. Et les communautés religieuses et le clergé ne faisaient visiblement plus partie de l’équation, ce qui arrangeait probablement l’Église qui cherchait à se concentrer désormais, suite aux conclusions tirées du deuxième concile du Vatican, à des affaires plus spirituelles et à délaisser les domaines plus temporels tels que les services sociaux et l’organisation des loisirs.

L’Église n’existe désormais que pour elle-même

50 ans plus tard, on constate que la relation entre l’Église et la société civile a connu de meilleurs jours. On a chassé la pratique religieuse de l’espace public et on impose dorénavant, à coup de chartes des valeurs, l’agnosticisme comme religion d’état. Les centres de loisirs modifient leurs chartes afin que disparaisse toute trace de pastorale dans leurs énoncés de mission. Les Centres Intégrés de Santé et Services Sociaux remplacent les maisons provinciales des communautés religieuses. On préfère la Direction de la Protection de la Jeunesse aux orphelinats dirigés par d’autres communautés.

L’Église, quant à elle, n’offre plus que des services pastoraux. Elle détache ses œuvres sociales en Organismes à But Non-Lucratif (OSBL) indépendants. Les chrétiens tièdes qui fréquentaient plutôt l’Église sociale et qui voyaient la réception d’enseignement religieux comme un mal nécessaire en échange de services, ne voient plus aucune raison de fréquenter cette Église qui n’a plus qu’une seule mission : le salut des âmes. Pourtant, l’évangile enseigne que nos âmes sont indissociables de nos corps. Que nous devrions vivre toutes nos vies en Dieu, que nos vies devraient être un témoignage vivant du Royaume de Dieu. Mais l’Église québécoise ne se préoccupe plus que des âmes de ceux qui se préoccupent d’Elle et s’attriste pour ses enfants égarés qui ne voient plus d’intérêt à entretenir leur jardin spirituel. Au diable ceux qui ne viennent plus à l’église… Celle-ci ne fera plus que regretter, impuissante, pense-t-elle, face au fait que les gens ne connaissent plus Jésus.

Proposition : que l’Église recommence à organiser des loisirs.

Saint Jean Bosco savait qu'il fallait d'abord accueillir les jeunes pour leur parler de Jésus!
Saint Jean Bosco savait qu’il fallait d’abord accueillir les jeunes pour leur parler de Jésus!

Et si l’Église recommençait à organiser des loisirs? Et si elle recommençait à se soucier du bien-être physique et moral de ses brebis, notamment celles qui sont perdues? Je vous entends dire : « C’est une bonne idée, mais nous n’avons pas assez de ressources, pas assez de bénévoles, et sûrement pas assez d’argent pour soutenir un tel projet! » Je vous répondrai par ces questions qui me turlupinent depuis des années : « Et si nous consacrions au moins autant d’argent à l’évangélisation (faire connaître et aimer Jésus) qu’à la pastorale (entretenir et faire grandir la foi de ceux qui fréquentent l’Église)? » « N’aurions-nous pas davantage de bénévoles (et d’argent) si l’Église (re)devenait, pour plus de gens, un milieu de vie plutôt qu’un endroit où on reçoit des services sacramentaux? » Si la réponse à ma première question n’est pas évidente, la réponse à la deuxième me paraît non-équivoque. Nous aurions assurément un milieu de vie communautaire d’Église si nous commencions à nous préoccuper de ceux qui ne sont pas présents à l’assemblée dominicale. Et si nous commencions à leur demander ce qu’ils attendent de leur communauté chrétienne pour la fréquenter? L’Église ne pourrait-elle pas, à l’instar de Don Bosco, offrir des activités d’évangélisation un peu plus subtiles, par exemple des activités d’artisanat, de cafés philosophiques et autres clubs d’échecs? Je suis convaincu que nos églises seraient plus pleines si plus de gens avaient l’opportunité d’entrer en contact avec Jésus et de mieux le connaître. Comment le leur faire connaître si nous n’allons pas vers eux?

Si nos messes étaient plus vivantes et actuelles dans la forme (musique plus dynamique, liturgie plus contemporaine), ne pensons-nous pas que davantage de chrétiens y trouveraient un sens pour mieux vivre leurs vies? Dans ma paroisse, il y a 3 messes dominicales. L’une de ces 3 messes ne pourrait-elle pas revêtir une forme différente sans travestir l’essence de la célébration? Cela dérangerait-il vraiment la bonne conduite de la paroisse si nous essayions de rajeunir la formule?

Nous pouvons être certains d’une chose : nous continuerons d’avoir les mêmes résultats si nous continuons ainsi de manquer d’audace. Si l’Église existe pour évangéliser, qu’attend-elle pour sortir de son enceinte pour aller à la rencontre de ceux et celles qui ne connaissent pas Jésus-Christ?

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p style= »text-align: center; »>le vélo: loisirs évangélisateur

A propos Mathieu Binette 73 Articles
Je suis père d'une famille de 4 enfants, bientôt 5. J'étais cadre dans une compagnie de télécommunications avant de me consacrer à temps plein aux études en théologie. Pour arrondir les fins de mois, je rends service aux communautés chrétiennes (paroisses, diocèses, mouvements, etc) en tout ce qui touche le web : sites, médias sociaux, etc. J'ai aussi étudié la conception sonore assistée par ordinateur en 2002.

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