L’arrivée de la scolastique

Saint Thomas, figure de proue de la scolastique

Au XIIe siècle, on se passionne pour le droit romain. Alors que le Common law se répand en Angleterre, dans l’Église un certain Gratien publie son Concordia discordantium canonum, qui compile les lois romaines, les décrets des papes et des conciles, les textes des Pères de l’Église et les canons dits « apostoliques ». Ce Decretum Gratiani est à la source de la loi canonique telle que nous la connaissons aujourd’hui. La théologie morale s’intéresse énormément aux contrats de mariage et à tout ce qui impose une norme comportementale, dans la lignée des Pénitentiels répandus à travers l’Europe depuis le VIIe siècle. C’est à cette époque qu’on redécouvre aussi les textes philosophiques et littéraires de l’Antiquité. On ne perçoit pas encore de distinction théologique très claire dans l’enseignement de la doctrine, du comportement humain ou de la prière. Tous ces savoirs chrétiens sont vus comme un ensemble indissociable. La théologie « traite de Dieu et de l’homme à la fois – du seul point de vue de Dieu – sans laisser être dans toutes ses une sagesse ; c’est-à-dire que toutes les vérités révélées doivent recevoir en théologie un traitement tel qu’elles nous orientent vers Dieu, stimulant en nous la foi et l’amour »[1].

Somme théologique de saint Thomas d’Aquin

Saint Thomas d’Aquin est la figure de proue de la méthode scolastique, qui est une méthode intellectuelle d’approfondissement de la théologie caractérisée par l’organisation systématique des idées et par l’utilisation de la dialectique rationnelle philosophique. Dans son célèbre chef-d’œuvre, il déploie sur trois volumes la Somme de sa doctrine théologique sous forme de questions, d’objections et de réponses, à la manière des philosophes de l’Antiquité, Aristote en tête. Le premier volume traite de la personne de Dieu, de Ses œuvres et de sa Providence. Le deuxième volume s’intéresse à l’homme et à son comportement face à Dieu. La première partie de ce deuxième volume approfondit la notion de morale en général, en commençant par décrire le véritable bonheur, auquel l’homme aspire parce que Dieu a placé ce désir en son cœur pour le ramener à Lui et le préparer à recevoir la Révélation[2]. Viennent ensuite les moyens à prendre pour y arriver et les règles qui régissent la bonne conduite des hommes. Dans la seconde partie de ce deuxième volume, il traite des vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité, et des vertus cardinales que sont la prudence, la justice, la force et la tempérance. Il complète sa Somme avec un troisième volume portant sur la divinisation de l’homme, avec le Christ en tête et exemple. Jésus Christ est le Rédempteur ressuscité, qui agit à travers son Église et ses sacrements, afin de sanctifier la race humaine et toute la Création pour la vie éternelle.

Il serait tentant de réduire la théologie morale de saint Thomas au seul deuxième tiers de sa Somme, à cause de la position que l’homme occupe entre les deux êtres parfaits qui apparaissent comme le Principe et la Fin de la Création. Cependant, il faut retenir que Thomas est en synchronie avec son époque et qu’il conçoit lui aussi la doctrine du salut comme inséparable de la vie mystique et de l’agir moral, tout comme le faisaient les Pères de l’Église. L’appartenance au Christ emporte toute la vie du disciple et ce n’est qu’à partir de cette rencontre que l’agir de l’humain devient chrétien.

 

[1] HÄRING, Bernhard. La loi du Christ. Théologie morale à l’intention des prêtres et des laïcs. Tome I. Paris: Desclée de Brouwer, 1956, p.29.

[2] PINCKAERS, Servais. La morale catholique. Paris: Les Éditions du Cerf, 1991, p. 36

 

Bibliographie

BOUYER, Louis. Dictionnaire théologique. Paris: Desclée, 1990.

HÄRING, Bernhard. La loi du Christ. Théologie morale à l’intention des prêtres et des laïcs. Tome I. Paris: Desclée de Brouwer, 1956.

PINCKAERS, Servais. La morale catholique. Paris: Les Éditions du Cerf, 1991.

—. Les sources de la morale chrétienne. Fribourg: Éditions universitaires Fribourg, 1985. Facsimilé.

Vacant, Jean Michel Alfred, Eugène Mangenot et Émile Amann. «Dictionnaire de théologie catholique.» 1902-1950. http://jesusmarie.free.fr. 28 septembre 2018.

 

 

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