L’Église, c’est l’Assemblée de ceux qui veulent devenir saints

la vérité
L'Église, c'est l'Assemblée de ceux qui cherchent à devenir saints. Source image: https://www.npr.org
L’image à l’origine de l’échange entre Diane et moi. Source image: Actualité Pro-vie

Sur les médias sociaux, si je veux susciter des réactions, je n’ai qu’à effleurer le sujet de l’avortement ou de l’islam. Aussitôt, j’obtiens des commentaires souvent très acerbes dans lesquels on m’ordonne de me taire. Mais cette fois-ci, une femme m’a contacté en privé pour me répondre, doucement, respectueusement, du fond de son âme. Bien que relativiste (elle me parle des critères de vérité exclusifs aux bien-pensants), son propos m’a semblé refléter un véritable désir de toucher la vérité. Je me permets donc aujourd’hui de faire un peu de pouce sur notre échange.

L’Église, Assemblée de « bien-pensants »?

Diane et moi avions échangé, la semaine précédente, sur l’Église et la pratique de la vraie religion : « Je crois encore en beaucoup plus grand que nous mais je doute souvent et je ne pratique pas à l’église. Ma religion je la pratique en aidant les réfugiés…les immigrants… les plus démunis… » Après lui avoir dit que selon moi, c’est la façon la plus authentique de mettre en pratique l’enseignement de Jésus Christ, je lui ai suggéré de méditer sur le sens de l’Église, qui signifie Assemblée. Très tôt ce matin, elle me répondait :

« Je me suis éloignée de l’Eglise et n’ai plus envie de m’en approcher pour une raison assez simple: je n’ai jamais vu autant de « bien-pensants » assemblés à juger les autres selon leurs critères de Vérité. »

Diane

Bien-pensants

Il est intéressant de décortiquer un peu ce que Diane reproche à « l’Église ». Qu’est-ce que le bien? Voici ce qu’en définit Wikipédia :

« Selon les Définitions du pseudo-Platon, le Bien est « ce qui n’a d’autre fin que soi-même ». Employé comme nom en métaphysique, le Bien désigne ce qui est absolument désirable. Il est donc partie liée au désir, et plus particulièrement au désir défini comme positivité, c’est-à-dire comme générateur de valeur6 – et non ici comme négativité, comme manque. »

On pourrait remplacer le « Bien » par « Dieu » : Dieu est ce qui n’a d’autre fin que Lui-même. Dieu désigne ce qui est absolument désirable. Dieu est donc lié au désir. D’ailleurs, le théologien Christopher West, spécialiste de la théologie du corps, affirme à la suite de Benoît XVI (1 no. 4), que c’est Dieu qui a mis le désir en nos cœurs (Eros) et que le péché est commis lorsque nos désirs sont dirigés vers nous-mêmes, dont la fin est prévisible, plutôt que vers Dieu, qui n’a d’autre fin que Lui-même (Agapê) (2 pp. 34-35). Dis-moi, Diane, quand une femme tue l’enfant qui vit en son sein, dirige-t-elle son désir vers l’absolu, ou vers sa propre personne, dont la fin est assurément prévisible?

Qu’est-ce que la Vérité? (cf. Jn 18, 38)

En ce qui concerne la pensée et les penseurs, je suis heureux que les critiques de la doctrine de l’Église constatent que nous pensons, et que nous ne nous contentons pas de suivre aveuglément une doctrine qui ne ferait aucun sens pour nous. « Qu’est-ce que la Vérité? », demandait Pilate à Celui qui est la Vérité incarnée (cf. Jn 18, 38). À l’instar de nombreux chrétiens autour de moi, je cherche à conformer ma vie à la vérité de manière libre et consciente. Oui, je pense, je réfléchis à ce que c’est que la Vérité et j’essaie d’aligner ma vie sur cette vérité. Pilate, lui, a crucifié la Vérité et il s’en est lavé les mains. Je pense qu’on ne peut être à mi-chemin entre les deux camps. Ou bien on accepte la Vérité et on essaie sans cesse de s’en approcher, ou bien ou la rejette et on se construit un monde imaginaire où on est seul à en connaître les règles. On s’isole. N’est-ce pas un peu ce qui se passe en ce moment dans notre monde individualiste?

Mais la Vérité serait-elle relative? Dépendrait-elle de nos sentiments? Voici une définition de la vérité qu’on retrouve sur Wikipédia : « La vérité (du latin veritas, « vérité », dérivé de verus, « vrai »)1 est la correspondance entre une proposition et la réalité à laquelle cette proposition réfère. » (3). Le grand maître de la vérité, c’est donc la réalité. Si une proposition ne correspond pas à la réalité, elle est fausse, ou au mieux, incomplète. Lorsqu’une idée veut imposer sa volonté en faisant fi de la réalité, on la qualifie d’idéologie. Pour être vraie, une idée doit correspondre à une réalité immuable et éternelle. La Vérité avec un grand V ne change pas en fonction des volontés et des désirs, soit-elle majoritaire. « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison », disait un philosophe. Ce n’est pas parce que tout le monde croyait que la terre était plate qu’elle l’était vraiment. La terre a toujours été (presque) ronde.

La vérité sur l’avortement

Le bébé dans le sein de sa mère est un être humain autre que sa mère, même si certains nient cette évidente réalité. Cette vérité heurte violemment, on le sait, celles qui ont eu recours à l’avortement. Ce n’est pas parce que la réalité est douloureuse que l’on doit la nier pour autant. Je crois qu’il ne faut pas condamner les femmes qui y ont eu recours. Très souvent, elles ont été victimes d’une tendance où tout le monde dit que c’est correct, que ce n’est pas vraiment un être humain mais plutôt un « amas de cellules ». Pourtant, une femme qui désire ardemment être enceinte et qui le devient ne considère pas du tout cet enfant comme un amas de cellules. Serait-ce elle qui fait fausse route en parlant à son bébé qui est dans son sein? Sûrement pas! Il suffit donc de penser à ce qu’est le Bien pour le trouver. De là à le faire, il y a loin de la coupe aux lèvres…

L’exemple de Jésus avec la femme adultère

Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »


De nouveau, Jésus leur parla : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. »

Évangile selon saint Jean, 8, 2-12.

Ce passage est l’un de mes préférés dans toute la Bible, parce que tout y est, selon moi, à propos de l’attitude à adopter, à la suite du Christ, envers les pécheurs. D’abord, il y a les accusateurs, à qui on ne pourra pas reprocher de juger la femme. Au contraire, ils l’amènent devant le Christ. Lorsque nous avons un jugement à porter sur le geste de quelqu’un (et non sur la personne tout entière), prenons donc l’habitude de l’amener au Christ plutôt que de lui jeter des pierres. C’Est-ce que nous appelons aujourd’hui l’évangélisation, qui consiste à amener le Christ au monde. C’est à lui de juger, et pas à nous. C’est bien ce que le Christ enseigne aux accusateurs : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » (Jn 8, 7). Et alors personne ne se sent apte à condamner la pauvre femme dont le cœur a tant besoin d’amour.

Et que fait ensuite Jésus? Dit-il à la femme que tout est correct, et qu’elle peut retourner dans le lit de l’homme qui n’est pas son mari? Pas du tout! Jésus lui dit la vérité : « Je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11). Il lui dit clairement qu’elle a commis un péché. Ce n’est pas la fin du monde et elle ne mérite pas de mourir. Non, c’est plutôt Jésus qui acceptera de mourir pour son péché à elle. Ce qu’il demande à cette femme, c’est de marcher dans le chemin de la sainteté, de choisir désormais le Bien, et de rejeter ce qui n’est pas Bien. Il croit en son jugement, en sa conscience, qui est éclairée par Lui, la Vérité en personne.

L’Église, c’est l’Assemblée de ceux qui cherchent à devenir saints.

  « Je n’ai jamais fréquenté de gens plus critiques des autres que chez les marguilliers, bénévoles d’église et toute ce petit monde qui grenouille autour des prêtres. Tant de jugements qui font mal aux gens et qui font fi de la détresse même de ceux qu’ils envoient au pilori. C’est ça la charité chrétienne? Alors… très peu pour moi. »

Diane

Diane a raison d’être déçue de voir que l’Église est pleine de gens qui sont bien loin de réaliser l’enseignement de Jésus Christ. Mais le monde en dehors de l’Église n’en est-il pas moins rempli? Je préfère que les pécheurs, les orgueilleux, les bavasseux et les menteurs soient dans l’Église plutôt qu’au dehors. C’est ensemble que l’on marche vers la sainteté. Nous sommes tous imparfaits. Chaque baptisé est responsable de son frère (cf. Gn 4, 9). Lorsque tu prendras un de tes frères en Christ juger sévèrement une personne et la rejeter, chère Diane, je te prie d’avoir le courage de lui rappeler l’attitude que le Maître nous demande d’avoir les uns envers les autres. Nous avons besoin de toi dans notre Assemblée pour nous encourager à marcher vers la sainteté. Rejeter l’Église de peur d’être rejeter ne l’aidera pas à devenir meilleure, tout comme rejeter un pécheur en ne le fréquentant plus nuira à sa sanctification. Nous sommes les gardiens de nos frères et sœurs. Nous devons les éclairer, leur dire la vérité, en montrant beaucoup d’amour et de pitié. C’est ce à quoi nous appelle Jésus Christ.

Conclusion

Je te laisse le mot de la fin, chère Diane, car je trouve que tu as bien raison :

« Voilà la conclusion de ma réflexion. Je crois qu’aider son prochain quoi qu’il ait fait, qui qu’il soit est l’ultime message laissé par Jésus.
Et pourtant je suis bénévole pour l’église catholique… et j’essaye de me rapprocher… »

Diane

Rapproche-toi de nous, et laisse-toi approcher par nous. Mais surtout, demeurons fidèles à Christ, qui est Vérité, Lumière, Chemin, Vie.

Références

1. BENOÎT XVI. Lettre encyclique « Deus Caritas Est ». Cité du Vatican : Libreria Editrice Vaticana, 2005.

2. WEST, Christopher. The Love That Satisfies. West Chester : Ascension Press, 2007.

3. Wikipédia. Vérité. Wikipédia. [En ligne] 12 décembre 2018. https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9rit%C3%A9.

Mathieu Binette
A propos Mathieu Binette 102 Articles
Je suis père d'une famille de 4 enfants, bientôt 5. J'étais cadre dans une compagnie de télécommunications avant de me consacrer à temps plein aux études en théologie. Pour arrondir les fins de mois, je rends service aux communautés chrétiennes (paroisses, diocèses, mouvements, etc) en tout ce qui touche le web : sites, médias sociaux, etc. J'ai aussi étudié la conception sonore assistée par ordinateur en 2002. Je suis passionné de généalogie et d'histoire.

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