Veritatis Splendor, une encyclique de combat

veritatis splendor résumé
Dieu seul est vérité. De même que personne ne "possède" Dieu, personne ne peut se prévaloir de posséder la vérité de Dieu, pas même son Église".

Veritatis Splendor est une encyclique du pape saint Jean Paul II publiée en 1987. Il fait suite à une série d’interventions de l’Église concernant la morale depuis Vatican II, à une époque de grands changements idéologiques et théologiques. L’encyclique a pour objectifs de rappeler et conserver le patrimoine morale de l’Église, d’affirmer le droit du Magistère d’actualiser et d’interpréter authentiquement le dépôt de la foi et de la loi naturelle, et de combattre le sécularisme moderne qui rejette le caractère transcendant de la morale religieuse et célèbre l’immanence des normes morales chrétiennes en même temps qu’il relègue la pratique religieuse à la sphère privée en évacuant de la société toute référence morale transcendante.

Le Christ donne à ses disciples un ordre déconcertant : « Soyez parfaits comme votre Père des cieux est parfait »! (Mt 5, 48) La morale est une quête de perfection. Elle trouve sa source dans la nostalgie de la vérité et de la plénitude et elle donne un sens à la vie de l’homme dans sa recherche de la vie éternelle. Elle a pour finalité la participation à la perfection même de Dieu[1] et elle juge de la conformité ou non des actes moraux en référence à la perfection de Dieu, lui qui « seul est Bon ». Il y a ainsi une unité entre la vie morale et la vie spirituelle et tous les humains sont appelés à la participer à la perfection divine ; pas seulement les personnes consacrées.

Mais comment atteindre cette perfection divine? La perfection passe par un accueil humble et aimant des failles de la personnalité, pas un amour de soi authentique et donc par l’amour du prochain[2]. Cet amour s’exprime par le refus d’un moi-idéal et s’épanouit dans le don de soi. Il confesse son besoin de pardon et de miséricorde. Le Christ est l’exemple d’une vie morale parfaite non pas à cause de son enseignement moral, mais parce qu’Il est le Chemin, la Vérité, la Vie (cf Jn 14, 6) et cette perfection réside dans le Saint-Esprit et l’accueil de la grâce qui transfigure l’être humain en un homme nouveau[3].

L’aspiration à la vérité fonde toute culture, toute personne et toutes sociétés, bien que la Vérité soit aujourd’hui considérée suspecte parce que censée recouvrir de dogmatisme et d’intolérance. Or, il n’y a de vérité morale que dans l’ouverture à la transcendance[4]. Dieu seul est vérité et personne ne « possède » Dieu, pas même les catholiques! « Mais dans le Christ crucifié, cette vérité cherche à rayonner et à éclairer tous les hommes » [5].Il veut nous faire participer à cette liberté totale de Dieu, mais cela nécessite qu’Il nous enseigne sa Loi, puisque notre liberté humaine et finie et faillible. À l’intérieur de notre conscience siège la loi naturelle qui nous incline à faire le bien et à éviter le mal. Cette loi naturelle, universelle et immortelle, ne sera reconnue comme vraie par notre conscience que dans une ouverture à la transcendance. Alors, ce qu’on croyait être un dialogue avec nous même apparaît comme une rencontre contemplative avec Dieu, source du Bien.

Veritatis Splendor dénonce avec force deux fausses théories morales à la mode encore de nos jours. La théorie de « l’option fondamentale » propose une morale relativiste où chaque décision du sujet est prise en considérant ce qui lui paraît soit juste, soit faux.[6] Jean-Paul II oppose à cette théorie que les actes particuliers transforment en profondeur la personne et engagent réellement son avenir. Un acte objectivement mauvais ne saurait être converti en un acte bon en certaines circonstances. Cela reviendrait à dire que l’on pourrait demeurer fidèle à Dieu et poser des actes concrets qui seraient contraires à la morale. Pour l’Église, « est bon l’acte qui respecte et promeut le vrai bien de l’homme »[7].

Le conséquentialisme, qui consiste à n’apprécier la valeur morale d’un acte aux conséquences qui en sont attendues, fait partie des théories que le saint pape qualifie de « téléologiques ». Il met parmi ces théories la doctrine « porportionnaliste », semblable à la première, et qui considère pour sa part la pondération des conséquences comme la mesure de conformité morale d’un acte. Ces théories, bien qu’en affinité avec les mentalités scientifique et technicienne courantes, sont irrecevables car elles reviennent à justifier des choix et des comportements délibérément contraires à la loi divine. Il existe des actes qui sont intrinsèquement mauvais et il n’est pas licite de faire le mal en vue d’un bien. L’objet d’un acte moral ne peut être ordonné à Dieu s’il est radicalement contraire au bien de la personne, image de Dieu.

Enfin, Veritatis Splendor souligne que ce qu’on appelle depuis 30 ans « la nouvelle évangélisation » doit nécessairement comporter une prédication morale. La doctrine chrétienne est un ferment de renouveau pour toutes les sociétés[8] en cela qu’elle protège efficacement la dignité de la personne et nourrit le tissu social et l’art de vivre ensemble. Les théologiens moralistes sont un grand bien pour notre époque car ils occupent une place stratégique au sein de la culture contemporaine. Ils ont le devoir d’approfondir les motifs de l’enseignement de l’Église, de mettre en valeur les fondements des préceptes moraux et de les relier à la fin dernière de l’homme, qui est la perfection à laquelle appelle le jeune homme riche de l’Évangile (cf Mt 19, 16-22). Il faut dénoncer le nouveau danger, celui d’une alliance entre l’idéal démocratique et le relativisme éthiques qui voudrait promouvoir l’idée que les normes morales résultent d’une décision de la majorité. De telles lois seront toujours provisoires, toujours révisables, tandis que la loi du Seigneur, elle, est éternelle et immuable.

L’homme peut tirer profit d’un dialogue avec sa conscience dès qu’il sait trouver, reconnaître et contempler la présence de Dieu dans ce sanctuaire. Par la prière, la participation à la liturgie, la réception des sacrements et la perfection des vertus, il recevra de Dieu la grâce de prendre les décisions qui lui seront bonnes autant qu’aux autres. La modernité séculaire laïcisante présente de nombreuses opportunités de discerner le bien et le mal en demeurant fidèles à la Loi éternelle du Seigneur, loi vivante placée en nos cœurs afin de nous rendre participants à la vie divine par le Christ Jésus, dans le Saint-Esprit.

 

Bibliographie

BRUGUÈS, Jean-Louis. «Veritatis Splendor, une encyclique de combat.» Communio, no XIX, 2 Mars-avril 1994: 135-152.

JEAN-PAUL II. «Veritatis Splendor.» 6 août 1993. Site officiel du Vatican. <https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_06081993_veritatis-splendor.html>.

 

 

[1] BRUGUÈS, Jean-Louis. «Veritatis Splendor, une encyclique de combat.» Communio, no XIX, 2 Mars-avril 1994, p. 143

[2] Ibid., p.143

[3] Ibid., p.144

[4] Ibid., p. 144

[5] JEAN-PAUL II, Veritatis Splendor, no. 117.

[6] BRUGUÈS, Jean-Louis, op. cit., p. 149

[7] Ibid., p. 149

[8] Ibid., p. 151

A propos Mathieu Binette 75 Articles
Je suis père d'une famille de 4 enfants, bientôt 5. J'étais cadre dans une compagnie de télécommunications avant de me consacrer à temps plein aux études en théologie. Pour arrondir les fins de mois, je rends service aux communautés chrétiennes (paroisses, diocèses, mouvements, etc) en tout ce qui touche le web : sites, médias sociaux, etc. J'ai aussi étudié la conception sonore assistée par ordinateur en 2002.

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