La collecte pour les pauvres de Jérusalem

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La question de la collecte pour soutenir les pauvres de l’Église à Jérusalem était d’une importance capitale pour l’Apôtre. Partout où il allait, il amassait des fonds qu’il envoyait sporadiquement. Pour lui, il s’agissait de beaucoup plus que le simple fait d’aider des indigents. C’était là un signe de communion entre les disciples du Christ, une marque d’obéissance aux enseignements de Celui-ci. Donner aux pauvres, c’était mettre en œuvre l’Évangile en imitant le Christ.

Nous tenterons d’abord de poser le cadre contextuel de cette collecte en puisant dans les témoignages mêmes de saint Paul (2 Co 8-9 ; Rm 15, 22-33; 1 Co 16, 1-4) et dans l’allusion qu’en fait saint Luc (Ac 11, 27-30). Ensuite, nous explorerons trois citations qui expliqueraient pourquoi Paul se soit montré si motivé à ce que cette collecte soit abondamment fructueuse[1]. À travers toute cette analyse se dessine l’importance de la notion de communion au Christ, entre frères et sœurs, et entre toute l’Église, pour chaque chrétien. Ce thème traverse et baigne en effet chacune de ces trois citations et tout le contexte historique.

Contexte intra-biblique

Comme dans l’Église d’aujourd’hui, il y avait à l’époque de Saul des charismatiques qui parlaient au nom de Dieu sous l’inspiration de l’Esprit. Ces baptisés étaient tenus en haute estime et occupaient une position hiérarchique immédiatement inférieure à celle des apôtres[2]. Ces prophètes annoncent une famine à l’Église qui se trouve à Antioche de Syrie, qui survint effectivement dans tout l’empire romain entre les années 47 et 49. Les membres de l’Assemblée cotisent chacun selon leurs moyens et ils délèguent Paul et ses acolytes pour délivrer l’aide à Jérusalem, particulièrement touchée par cette famine. Cette première contribution arrivant par les mains de Paul n’est cependant celle qu’il décrit lui-même dans ses épîtres, qui est, à juste titre, appelée « La Collecte pour les pauvres de Jérusalem ».

À cette époque, un débat brûle dans toute la chrétienté : pour devenir chrétien, fallait-il d’abord devenir juif et subir la circoncision? Ce débat devait être tranché par l’Église de Jérusalem, constituée de l’apôtre Pierre et du diacre Jacques, le frère de Jésus. D’autres anciens complétaient le Conseil. La collecte qui aura « une grande place dans les préoccupations de Paul »[3] est probablement née suite à cette rencontre au sommet, à Jérusalem : « Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et Barnabé, en signe de communion : nous irions, nous aux païens, eux à la Circoncision; nous devions seulement songer aux pauvres, ce que précisément j’ai eu à cœur de faire. »(2 Ga 9-10).

La première mention de cette collecte pour l’Église de Jérusalem se retrouve au chapitre 16 de la première épître aux Corinthiens, alors qu’il les enjoint à mettre de côté, à chaque dimanche, un peu d’argent que chacun aura pu épargner. Paul agit alors en bon père de famille : mieux vaut épargner un peu à chaque semaine que de tenter un grand coup le moment venu. Aurait-il suggéré de tout mettre en commun qu’on aurait assisté à la première quête dominicale… Mais les Corinthiens sont plutôt invités à accumuler leurs libéralités chacun chez soi. Cette manière de faire préserve les susceptibilités des isthmiens et garantit la sécurité des offrandes, en les acheminant par des anciens qui auront été choisis par la communauté[4].

Cependant, une controverse éclate et Paul ne revient pas à Corinthe pour ramener l’argent à Jérusalem, tel qu’il l’avait prévu, parce qu’il est accusé d’avoir cherché son propre intérêt. Alors qu’il se trouve en Macédoine, il décide donc de leur écrire une deuxième épître dans laquelle, au chapitre huit, il enjoint les Corinthiens à poursuivre la collecte en redoublant d’ardeur.

Souviens-toi des pauvres

La culture grecque intègre déjà une notion d’égalité des hommes (isotès). Mais Paul se sert de la Loi juive pour démontrer que l’égalité dont il est question va encore plus loin que le concept philosophique des Grecs. Elle est une égalité devant Dieu et la collecte engage les grâces reçues de Lui : «Dans le cas présent, votre superflu pourvoit à leur dénuement, pour que leur superflu pourvoie aussi à votre dénuement» (2Co 8, 14). N’est-il pas dit dans l’Exode que « celui qui avait beaucoup recueilli [de manne] n’en avait pas trop, et celui qui avait peu recueilli en avait assez : chacun avait recueilli ce qu’il pouvait manger » ? (Ex 16, 18). Le superflu des uns ne provient donc pas des mérites des hommes, mais de la générosité de Dieu. Or, c’est cette abondance qui vient de Dieu qui doit être répartie. Il ne s’agit pas de se dépouiller complètement (2 Co 8, 13), mais simplement d’avoir l’égalité en tête.

Imiter la libéralité du Christ

L’homme de Tarse enseigne que le chrétien doit imiter le Christ dans son attitude et son comportement. Paul reprend ici un thème qu’il avait déjà livré aux Philippiens (2, 6) : Le Christ, qui était riche et qui possédait la vie en abondance, il s’est fait pauvre en prenant la condition humaine et, bien qu’il n’eut jamais péché, il accepta de mourir sur une croix comme un brigand[5]. Le disciple du Christ, en acceptant de souffrir pour Lui et de mourir avec Lui par le baptême, participe par le fait même à Sa résurrection. Il obtient une vie nouvelle et partage Sa condition divine. De même, en communiant aux  souffrances de leurs frères et sœurs des Églises plus pauvres, corps du Christ dans le monde en attendant son retour, les membres des Églises plus riches en biens matériels communieront-ils à la consolation de leurs frères (cf. 2 Cor 1, 7) et ultimement, du Christ Jésus. Par sa pauvreté d’homme, nous accèderons aux richesses du Royaume de Dieu. Cette dynamique a bien été reçue par les Églises de Macédoine, qui l’ont reçue avec joie et qui ont débordé de générosité. Eux qui sont moins riches que les Corinthiens, ils enverront un montant considérable à l’Église de Jérusalem. (2 Co 8, 2) Ils sont riches de la pauvreté du Seigneur[6].

Une question de communion

La reconnaissance de la validité de la mission de Paul par les colonnes que sont Jacques, Pierre et Jean, est un signe de communion de l’Église des Juifs avec celle des Païens (Ga 2, 9), qui prend un sens beaucoup plus large avec le temps. Encore plus que la communion de toute l’Église entre elle, elle apparaît comme le signe de l’action de Dieu dans son Église. Dans l’ordre des Colonnes, c’est Dieu qui prendra soin de ses pauvres par l’Église, sous l’intendance de Paul.

Les pauvres saints de Jérusalem ont beau ne pas avoir d’argent, ils ont cependant des prières d’intercession à offrir en retour pour leurs frères d’Achaïe. Ils ne jalousent pas les grâces providentielles que les gens de Corinthe ont reçues.  Au contraire, ils s’en réjouissent et les célèbrent (2 Co 9, 14). Cette communion est une source de joie pour l’Église de Jérusalem. Elle est une preuve que les Gentils sont de véritables chrétiens et qu’ils font partie à part entière de l’Église, à cause de la puissance de l’Évangile et de la sincérité de leur profession de foi (2 Co 9, 12-13). Pour Paul, il s’agit d’un témoignage important en faveur de l’intégration de l’Église des Gentils et la manifestation de l’unité de toute l’Église. C’est pourquoi il les enjoint à donner généreusement, pour prouver qu’il a raison d’être fier d’eux.

Questions pour aujourd’hui

Encore aujourd’hui, Dieu prend soin de Ses pauvres par son Église. De nombreux ministères sont exercés aux quatre coins du monde par des baptisés et en faveur de tous les enfants de Dieu, afin de témoigner de Son amour envers chacun de Ses enfants. Les œuvres de l’Église d’aujourd’hui font écho à cette exhortation paulinienne à répartir les grâces qu’elle reçoit. Sur les cinq continents, on retrouve 67 264 écoles maternelles, 91 694 écoles primaires, 41 210 écoles secondaires, 5 378 hôpitaux, 18 088 dispensaires, 521 léproseries, 15 448 maisons de retraite pour personnes âgées, malades chroniques et/ou handicapés, 9 376 orphelinats, 11 555 jardins d’enfants, 13 599 dispensaires de consultations matrimoniales, 33 146 centres d’éducation ou de rééducation, et 10 356 instituts divers[7]. Ce ne sont là que les œuvres directement liées à l’Église, qui ont besoin de l’approbation des autorités ecclésiales pour exister. À celles-là s’ajoutent les centaines de milliers d’autres œuvres de baptisés  anonymes, celles des autres confessions chrétiennes, et celles des œuvres laïques ou non-gouvernementales fondées ou dirigées par des chrétiens qui travaillent à une répartition plus égale des richesses et à la dignité des humains et de la Création sous toutes ses formes.

L’Église s’est certes montrée imparfaite en bien des domaines, mais elle a toujours été fidèle à cet enseignement de Jésus : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40). Ce sont ses œuvres qui ont forgé l’identité du peuple Canadien-Français et il serait pertinent d’en conserver la mémoire. Le fait de prendre conscience, à la suite de saint Paul, que tout ce que nous possédons comme richesses et de talents, c’est du Père que nous l’avons reçu, et résister à la tentation de garder pour soi ces libéralités nous conduit à entrer toujours plus profondément dans le mystère de l’Incarnation de Notre Seigneur, qui est la manifestation de l’amour et de la miséricorde de Dieu.

Bibliographie

Decaux, Alain. L’avorton de Dieu, une vie de saint Paul. Paris: Perrin, 2005.

DORÉ, Joseph. Jésus. L’exncyclopédie. Paris: Albin Michel, 2017.

ESPARZA, Daniel. Aleteïa. 04 Août 2016. https://fr.aleteia.org/2016/08/04/en-chiffres-ce-que-leglise-catholique-fait-de-ses-richesses/. 19 Mars 2018.

La Bible de Jérusalem. Paris: Cerf, 2000.

Léon-Dufour, Xavier, et al. Vocabulaire de théologie biblique. Paris: Les Éditions du Cerf, 1966.

PIRET, Pierre. «Paul et la collecte en faveur de l’Église de Jérusalem.» Vies consacrées 1 Septembre 2008: 194-202. pdf.

[1] PIRET, Pierre, Paul et la collecte en faveur de l’Église de Jérusalem, dans « Vies consacrées », Vol. 80, p. 194-202,

[2] BIBLE DE JÉRUSALEM, Cerf, 2000, p. 1892.

[3] BIBLE DE JÉRUSALEM, Cerf, 2000, p. 1985.

[4] GAROFALO, Salvatore, cité dans PIRET, Pierre, Paul et la collecte en faveur de l’Église de Jérusalem, dans « Vies consacrées », Vol. 80, p. 195

[5] LA BIBLE DE JÉRUSALEM, Cerf, Paris, 2000, p. 1994.

[6] PIRET, Pierre, Paul et la collecte en faveur de l’Église de Jérusalem, dans « Vies consacrées », Vol. 80, p. 200.

[7] ESPARZA, Daniel, En chiffres. Que fait l’Église de ses richesses?, sur le site Aleteia. https://fr.aleteia.org/2016/08/04/en-chiffres-ce-que-leglise-catholique-fait-de-ses-richesses/

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