La merde sanctifiante

Comme on le dit souvent à la blague, Audrée et moi, avoir des enfants, c’est de la merde. Beaucoup de merde. Mais une bonne merde. Une merde sanctifiante.

Je vous ai parlé souvent de mon père spirituel, le père Guy Simard, omv. Si j’ai reçu la foi de mes parents et de mes grand-parents, j’ai reçu du père Guy l’amour de l’Église. En effet, grâce à sa patience et sa charité, il m’a montré de manière définitivement vraie et incontestable le lien entre ce Jésus de l’Évangile que j’ai toujours aimé, et l’Église, cette institution qui me semblait alors un peu en décalage entre ce qu’elle annonçait et sa manière d’agir. Mais le sujet de ce billet bien personnel n’est pas le père Guy. Je voudrais plutôt vous parler de merde.

Dans un billet publié il y a deux jours sur son blogue, mon ami Guy a voulu traiter des sacrifices que nous faisons par amour. Citant le Christ et saint Paul, et suivant l’exemple de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, il explique que lorsque nous posons des gestes désintéressés, des gestes que nous n’aurions pas, à prime abord, envie de poser, nous nous exerçons à la charité: « De tels gestes, non seulement rendent la vie plus agréable, mais ils rendent aussi plus forte notre volonté, ce qui est très utile pour lutter contre la mal, contre les tentations quotidiennes », dit-il.

Normalement, il ne devrait pas prendre beaucoup de temps à une personne, pour découvrir que dans la plupart des circonstances de la vie humaine, la croix, le souffrance, est un chemin pour atteindre l’amour. Car l’amour, c’est essentiellement vouloir le bien de l’autre. Or, si quelqu’un veut vraiment le bien de l’autre, aimer l’autre, il devra nécessairement renoncer à lui-même, se mortifier, abandonner très souvent son confort, ses goûts, ses préférences, pour aller au devant des désirs de la personne aimée. Cela est évident, il me semble ; ou du moins, devrait être évident.

Les couches, la merde et Dieu

Moi, c’est changer des couches. On a trois bébés en couche ici. Des couches, on en change souvent, et beaucoup. Les enfants ont ce don extraordinaire d’avoir besoin de changer leurs couches aux moments qui nous conviennent le moins, à nous, adultes occupés. Souvent, ils nous le demanderont juste avant de nous mettre à table. Ou encore pendant que nous préparons à manger ou que nous devons partir rapidement. Si nous négligeons de changer une couche immédiatement, nous le payons chèrement, car la couche débordera assurément. Comme on le dit souvent à la blague, Audrée et moi, avoir des enfants, c’est de la merde. Beaucoup de merde. Mais une bonne merde. Une merde sanctifiante.

Si « chanter, c’est prier deux fois », moi je dis que changer des couches, c’est prier 100 fois.

Changer une couche, c’est prier 100 fois

Changer des couches, c’est pour moi une occasion de prier, de me donner. J’essaie de ne pas le faire machinalement, mais de tirer profit de l’occasion qui m’est donnée pour véritablement remercier le Seigneur. Je le remercie pour mon enfant, je le bénis pour ses talents, son développement, etc. J’en profite pour embrasser mon enfant, prendre soin de ses petits bobos, hydrater sa peau ou simplement lui faire un prout sur la bédaine. Je regarde mon enfant dans les yeux et je lui dis que je l’aime. J’essaie de me rappeler que c’est une époque qui passera vite, en fin de compte, même si je n’avais pas vraiment envie, en ce moment-même, de sortir de mes priorités, de mes urgences d’adulte, de mes travaux de travailleur autonome à la maison.

La merde est voulue par notre Créateur

Ça peut paraître con, immature, scatologique, mais il y a dans le caca quelque chose qui nous parle de Dieu. Dans sa sagesse, le Créateur a pensé faire en sorte que ce qu’un organisme vivant rejette de sa nourriture après en avoir extrait les nutriments nécessaires à sa croissance, serve à la croissance d’autres organismes. Les agriculteurs épandent la merde de leurs animaux dans leurs champs pour faire pousser de plus gros et plus savoureux légumes. Les plus belles fleurs poussent des plus nauséabonds tas de merde! N’y a-t-il pas là une leçon à retenir de nos souffrances?

La blague de la soeur jardinière et du curé

Je me rappelle de cette blague que le père Guy m’a racontée il y a plusieurs années. C’est l’histoire d’un curé qui veut faire pousser un potager dans la cour arrière de son presbytère. Les légumes ne poussent pas, les feuilles des plants sont jaunes, sèches, mourantes. Le pauvre curé lève les yeux et regarde avec envie le potager du couvent situé juste de l’autre côté de la cloture. Comme la soeur jardinière passe, il lui demande : « Ma soeur, comment faites-vous pour avoir un si beau jardin? »

La soeur jardinière lui répond: « De la merde, monsieur l’abbé! Pour faire pousser d’aussi beaux et bons légumes, ça prend beaucoup de merde! Mais dites-moi, qu’avez-vous fait à votre potager pour qu’il ait tant de mal à survivre?

Le curé: « Et bien comme le jardin poussait mal, j’ai prié ma soeur. J’ai prié, prié, et prié encore. On dirait que le bon Dieu ne m’entend pas!

Et la soeur de lui répondre : « Ah! Monsieur le curé! Pour faire pousser des légumes, toutes les prières du monde ne valent pas de la merde…! »

Rendons grâce à Dieu pour la merde dans notre vie

Je rends grâce à notre Seigneur d’avoir voulu nous donner la merde pour nous enseigner le sens de la souffrance par cette image aussi peu reluisante que nos échecs, nos erreurs et la douleur de ceux qu’on aime. Tous les événements merdiques et désagréables de notre vie, particulièrement les plus souffrants, sont destinés à notre croissance et à notre sanctification. Et à la lumière de ce texte qui m’a touché spirituellement et fait rire en imaginant le bureau du père Guy, recouvert de papiers, je comprends que le fait de nous discipliner à faire des choses par amour nous exerce à nous oublier pour le bien des autres, aux moments qui compteront le plus. Cette image merdique m’aide à trouver un sens à nos plus grandes souffrances qui, autrement, pourraient nous sembler d’une absurdité indescriptible.

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Mathieu Binette

Mathieu Binette

Je suis père d'une famille de 7 enfants. J'étais cadre dans une compagnie de télécommunications avant de me consacrer à temps plein aux études en théologie. Je rends service aux communautés chrétiennes (paroisses, diocèses, mouvements, etc) en tout ce qui touche le web : contenus, sites, médias sociaux, etc. J'ai aussi étudié la conception sonore assistée par ordinateur en 2002. Outre les films et l'évangélisation, je suis passionné de généalogie et d'histoire.

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