Maison de douleur : l’expérience d’une Église installée dans la routine

Résumé du chapitre 3 du "Manuel de survie pour les paroisses"

James Mallon
Parler de la douleur et de ses maux n'est pas seulement une pratique stérile ou, pire, un signe d'indiscipline ou de faiblesse spirituelle.

Les bien portants n’ont pas besoin d’un médecin, enseignait le Maître (cf. Lc 5, 31). Selon l’abbé James Mallon, si l’Église doit être reconstruite, elle doit d’abord être guérie, et la première étape vers la guérison est de cibler la douleur. Parler de la douleur et de ses maux n’est pas simplement une pratique stérile ou, pire, un signe d’indiscipline ou de faiblesse spirituelle. Au contraire, nous ferions bien de nous inspirer de la tradition biblique qui nous montre l’utilité salutaire des lamentations (cf. Lm ; Jr 20, 17-18).

Apostasie nationale

« Écoutez donc, vous, tous les peuples, et voyez ma douleur : mes vierges et mes jeunes gens sont partis en captivité » (Lm 1, 18)

Comme il est triste de constater que les descendants de la génération qui ont combattu dans la révolution tranquille ont, à l’instar de leurs parents, rejeté massivement la foi! Les parents qui ont vécu la foi souffrent en se demandant ce qu’ils ont bien pu faire de mal. La vérité, c’est qu’ils ont tout simplement « fait pour leurs enfants ce que leurs parents ont fait pour eux. Le problème est que personne ne leur a dit que les règles avaient changé[2] ».

Il est tout aussi souffrant pour les croyants de constater le déclin des institutions qui faisaient autrefois la gloire de l’Église : écoles, hôpitaux, universités ont pu peut-être garder leurs noms d’origine catholique, mais sa présence ne se fait plus sentir dans la société. James Mallon suggère que plusieurs de ces institutions disparues ont tout simplement rempli leur mission. En effet, nous tenons aujourd’hui pour acquis l’alphabétisation universelle, les services de santé et la sécurité sociale, mais il n’en a pas toujours été ainsi, et c’est pourquoi tant d’institutions ont été courageusement fondées et se sont développées. Mais la douleur demeure.

Une Église de pierres vivantes

Il est douloureux d’assister à la fermeture d’églises et à l’état de décrépitude de certaines autres. On sait bien que les décisions de les fermer sont rationnelles et justifiées, mais « toutes ces considérations n’ôteront pas la profonde conviction que la fermeture d’une église est toujours tragique et qu’il s’agit, finalement, d’une conséquence de la mauvaise santé de l’Église et de son manque de développement[3] ». C’est la douleur la plus profonde que des fidèles ressentent lorsqu’ils perdent leur identité.

La disparition des institutions catholiques provient surtout du fait qu’elles ont accompli leur mission. Aujourd’hui, nous tenons pour acquis l’alphabétisation universelle, les services de santé et de sécurité sociale, mais il n’en a pas toujours été ainsi, et c’est pourquoi tant d’institutions ont été courageusement fondées et se sont développées.

Les scandales sexuels

La tolérance complice des agissements scandaleux de prêtres sur des enfants par la hiérarchie dans le but de protéger l’institution n’est-elle pas un exemple typique de ce que Bergoglio désignait lorsqu’il parlait de « l’Église mondaine qui vit repliée sur elle-même et pour elle-même »[4]? Bien que toute l’Église souffre, nous ne devons jamais oublier les victimes et leurs familles, dont la douleur est ravivée chaque fois qu’un nouveau crime de cette nature est mis à jour. Les victimes innocentes d’abus qui vont « profiter » de dédommagements peuvent souvent être aliénées de nouveau, particulièrement dans les petites communautés. James Mallon avait écrit tout cela bien avant que des politiques universelles de tolérance zéro aient été imposées par le pape. Il est tout simplement un prêtre selon le cœur du Seigneur.

Deux caractéristiques des prêtres de la génération saint Jean-Paul II

Les prêtres et les laïcs engagés dans le renouvellement de l’Église sont ceux qui gardent la flamme de la foi vivante dans leur cœur et qui s’efforcent de la conserver malgré tout ce que ça leur coûte[5]. Ces ministres de la génération Jean-Paul II partagent deux caractéristiques.

La première est celle d’une conversion profonde. Ils ont tous vécu une rencontre personnelle bouleversante avec le Christ Vivant. S’ensuivit une véritable metanoïa et ils avaient le désir profond d’être les instruments de ce renouveau à l’intérieur de l’Église.

La deuxième est la conviction que la sainteté individuelle et l’orthodoxie était la clé pour insuffler ce renouveau que tous désiraient. « Armés de ces convictions, nous avons été propulsés à toute allure vers le mur de brique de la vie en paroisse[6] ». Pour le pratiquant catholique moyen, la sainteté ne concernait que les religieux, et pratiquement pas les laïcs! En rétrospective, l’abbé Mallon constate que la question de la vérité de la doctrine catholique est loin d’être le premier souci de cette culture post-moderne.

Il existe un mouvement gravitationnel qui pousse l’Église vers la routine, cela fait une Église autoréférentielle et fermée sur elle-même. Une Église dont le premier but, tel un club, est de répondre aux besoins de ceux qui s’en réclament membres. Ce n’est pas le genre de ministère qui nous a encouragés à devenir prêtres.[7]

C’est l’insistance d’avoir recours aux méthodologies pastorales qui s’appliquent aux cultures prédisposées d’autrefois qui est à l’origine du sentiment d’enfermement. « Ceux qui ont la charge de paroisses savent que nos méthodes ne fonctionnent plus. Malgré cela, ils sont forcés de continuer comme avant tout en affrontant de nouvelles réalités[8] ». Cette douleur de ne savoir quel nouveau programme adopter contribue à l’épuisement des pasteurs.

« Trop souvent, au lieu de restructurer pour que les infrastructures servent la mission, nous subordonnons la mission de l’Église aux infrastructures. Malgré la nouvelle réalité, nous tentons de faire tout fonctionner comme avant et ne fermons rien. »[9]

Quelles options?

Ceux qui décideront de rester malgré les difficulté pourront choisir de combattre, de s’accrocher à leur vision de la chose, au zèle et à la passion qui les a persuadés de se lancer. Voilà le bon combat que nous devons mener, munis de la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix ; ayons toujours en main le bouclier de la Foi et dans l’autre, le glaive de l’Esprit ; couvrons-nous du casque du Salut! (cf. Ep 6, 14-17).


[1] MALLON, James, Manuel de survie pour les paroisses, Paris, Artège, 2016, p. 55

[2] Ibid., p. 57.

[3] Ibid., p. 59

[4] Ibid.

[5] Ibid. p.62-63

[6] Ibid., p.63

[7] Ibid., p.64

[8] Ibid.

[9] Ibid. p.65-66

Mathieu Binette
A propos Mathieu Binette 109 Articles
Je suis père d'une famille de 5 enfants. J'étais cadre dans une compagnie de télécommunications avant de me consacrer à temps plein aux études en théologie. Pour arrondir les fins de mois, je rends service aux communautés chrétiennes (paroisses, diocèses, mouvements, etc) en tout ce qui touche le web : sites, médias sociaux, etc. J'ai aussi étudié la conception sonore assistée par ordinateur en 2002. Je suis passionné de généalogie et d'histoire.

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