Stéphane Laporte : “Vive les vieux”!

J'ai ressenti certains inconforts en parcourant ce texte de Stéphane Laporte, dont je vous ferai part à la suite.

Bien que ce texte de Stéphane Laporte ait été publié il y a plus de deux ans, au beau milieu du confinement de la COVID-19, ce n’est qu’hier que j’en ai pris connaissance. Je l’ai trouvé beau et j’ai eu envie de le partager ici. S’il m’apparaît important de démontrer du respect envers ceux qui nous précèdent, j’ai toutefois ressenti certains inconforts en parcourant son texte, dont je vous ferai part à la suite.

Vive les vieux!

Ce ne sont pas les derniers. Ce sont les premiers. Ce sont nos Neil Armstrong. Nos découvreurs. Nos pionniers. Ce que l’on sait, ils nous l’ont appris. Lire, compter, s’intéresser, donner. Ignorer, blesser et prendre, aussi. Selon qui ils étaient sur notre chemin, on peut tout leur devoir ou leur en vouloir pour tout. Ils sont bons ou cons, comme nous. Ou, plutôt, on est cons ou bons, comme eux.

Ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est ce que nous serons demain. Les crèmes, la chirurgie esthétique et les filtres Instagram n’y changeront rien. On ne rajeunit pas. On vieillit. Tous autant que nous sommes. Les jeunes, aussi. Le temps d’une virgule, ils sont déjà moins jeunes. On vieillit. Chaque seconde de notre vie. Parce que vieillir, c’est vivre. Et mourir, c’est ne plus vieillir.

Alors, voulez-vous bien me dire pourquoi, nous qui sommes si remplis de promesses pour l’avenir, sommes si peu préoccupés du sort des aînés ? Ce que nous leur faisons, c’est ce qu’on nous fera. Ce que nous ne leur faisons pas, c’est ce qu’on ne nous fera pas. Si on n’agit pas envers eux par altruisme, agissons, au moins, envers eux par égoïsme.

Vous pouvez même le faire pour vos enfants. Parce que, je vous le souhaite, vos enfants seront vieux un jour. Pourquoi tant de sacrifices pour qu’ils aient une belle vie, si leur fin est triste et malheureuse  ? Tous les vieux sont les enfants de quelqu’un.

La société a laissé de côté les personnes âgées. Pas juste depuis le virus. Depuis une éternité. Parce qu’on ne veut pas se voir en eux. La société vit bien dans le déni. La société croit qu’elle a 18 ans et se fait croire qu’elle s’amuse tout le temps.

Le plus dérangeant dans cette histoire, c’est lorsqu’on lit le chiffre des décès, et que ça nous rassure de constater que les victimes sont surtout des gens de 70 ans et plus. Comme si c’était moins grave. Honte à nous. Une vie est une vie. Un être humain n’est pas un char. Il ne perd pas de la valeur avec le temps.

Je sais que la mort d’un enfant nous brise le cœur. La mort d’un vieil enfant devrait le briser aussi. On comptera en combien de morceaux après. On part toujours trop tôt quand on aurait pu partir plus tard.

On se console trop rapidement de la mort des aînés. Ça explique pourquoi leur existence n’est pas notre priorité. Ça explique leurs destins de délaissés.

Ce n’est pas juste en disant « ça va bien aller » que ça va bien aller. C’est en se faisant aller. Il faut changer notre rapport avec la vieillesse. Permettre de vieillir dans la dignité. Cesser d’écarter les gens plus âgés. Tout le monde fait partie de la gang. De 0 à 200 ans.

L’âge n’est pas une défaite. L’âge est un exploit. On peut en être fier. J’ai 40 ans, ça fait 40 ans que je suis là ! J’ai 50 ans, ça fait 50 ans que je suis résistant ! J’ai 60 ans, ça fait 60 ans que je passe au travers. J’ai 70 ans, ça fait 70 ans que j’aime ce monde-là !

Ça passe vite comme ça. Hier, tu regardais Pierre Elliott Trudeau dire « finies les folies » dans ta commune. Un claquement de doigts et tu regardes son fils te dire de ne pas sortir de ton centre d’accueil.

La vie est trop courte. Chaque seconde compte. Autant celles du début que celles de la conclusion. Il y a des débuts interrompus et des conclusions interminables; peu importe où on est rendu dans le livre, c’est la page du présent qui compte le plus. Et le présent appartient aux vivants. À tous les vivants. De toutes les origines, de tous les sexes et de tous les âges.

Il a fallu trop d’horreurs pour éveiller les consciences au racisme, espérons que cette horreur éveillera nos consciences à l’âgisme.

On a toujours tort quand on catégorise les gens. On est tous nés à la même place, sur la terre. Et on est tous de la même époque. Tous des contemporains. Le reste, ce ne sont que des milliards de différences. Les aînés ne sont pas tous pareils. Pas plus que les jeunes. Voilà pourquoi on ne peut pas dire « les aînés sont comme ci, les aînés sont comme ça ».

Ça n’existe pas, le bloc des aînés. Ce qui existe c’est ton père, ta mère, le grand-père de ton ami, la grand-mère de la voisine. Bref, des êtres humains.

Vous vous demandez alors pourquoi mon titre « Vive les vieux ! ». Parce que ça rassemble tout le monde. Nous sommes tous des vieux. Quand j’avais 5 ans, mon frère en avait 12, et je le trouvais tellement vieux. On est tous les vieux de quelqu’un, qu’on soit vieux d’un jour ou vieux de douze mille jours.

Assumons-le. Surtout que l’âge ne mesure rien. Parce que ce qui nous identifie en est à l’abri. Ce n’est pas l’âge qui fait qui nous sommes, mais c’est un mot qui lui ressemble. Changez le g pour un m. L’âme. La petite voix en nous. Qui nous fait rire, pleurer, réfléchir et frémir. Invisible et omniprésente. Sans âge.

C’est pour ça qu’on est toujours étonné quand on inscrit sa date de naissance en remplissant un formulaire. Je ne suis pas vraiment rendu là ! Notre âme a toujours l’impression qu’elle vient tout juste d’arriver. Elle reste intemporelle jusqu’au jour où il faut la rendre.

Si on veut la garder le plus longtemps possible, il faut se soucier de celles et ceux qui nous ont permis d’en avoir une.

Car, tant qu’à jouer au Scrabble, remplaçons le v de vieux par un d, et nous ne serons pas loin de la vérité. Ce sont eux qui nous ont créés.

LAPORTE, Stéphane, “Vive les vieux!”, La Presse, 18 avril 2020

Dans l’ensemble, je suis d’accord avec Stéphane Laporte. On devrait faire plus attention à nos aînés. Je me sens toutefois dans l’obligation de constater que le modèle en place actuellement est l’oeuvre des Baby-Boomers, et qu’un changement ne sera possible que si nos aînés ne le souhaitent vraiment.

Culture de mort

“Une vie est une vie”, écrit Laporte. Il aurait peut-être dû préciser “la vie d’une personne née, ou du moins désirée”, car dans la culture ambiante, la vie d’une personne humaine qui n’aurait pas vu le jour semble avoir moins de valeur. C’est pourquoi il est permis au Québec d’avorter jusqu’à 40 semaines. Tant que le bébé n’est pas né, sa vie n’a AUCUNE valeur aux yeux de la loi, à moins que sa maman (et seulement elle!) désire que sa vie en ait.

Je vous mets au défi de dire cette vérité à une maman qui attend son bébé : “tu es la seule qui accorde de la valeur à la vie de ton enfant. Pour le reste de la population au Québec, elle n’en a aucune.” Si l’opinion publique était basée sur la science, au sujet de l’avortement, cela ferait longtemps que le fait de tuer des humains indésirables serait illégal! Pourtant, l’idée que toute vie humaine ait de la valeur est intolérable à ceux et celles qui célèbrent la liberté de pouvoir faire l’amour avec qui on veut sans aucun engagement.

“Le présent appartient aux vivants. À tous les vivants. De toutes les origines, de tous les sexes et de tous les âges.” Sauf les vivants qui ne sont pas nés, apparemment! Il ne faudrait pas brimer la sacrosainte liberté des femmes de tuer leurs propres enfants!

Vivre dans la dignité

Voici une autre citation de Laporte qui m’a rendu inconfortable : “Il faut changer notre rapport avec la vieillesse. Permettre de vieillir dans la dignité. Cesser d’écarter les gens plus âgés.” Ici encore, l’auteur ne semble pas se rendre compte de la contradiction qu’il évoque, car dans notre monde d’aujourd’hui, on favorise plutôt le fait de “mourir dans la dignité” plutôt que de “vieillir dans la dignité”. La dignité serait-elle liée à la santé ou à l’âge d’une personne? Sur quelle base jugerait-on, dans notre société actuelle, de l’indignité d’une personne pour qu’au lieu de lui fournir des soins qui lui permette de vieillir, on lui envoie un médecin qui lui injectera un poison? Ici encore, la question de la dignité des êtres vivants est tout à fait subjective et ne repose sur aucune donnée scientifique ou médicale. Au fond, cette phrase de Laporte est d’une hypocrisie sans nom de la part d’un influenceur de sa trempe.

Âgisme

Je n’ai jamais entendu une personne de 55 ans se plaindre qu’on aurait refusé de lui louer un logement parce qu’elle était trop vieille pour habiter dans cet immeuble. Cela serait, de fait, scandaleux de rejeter une personne parce qu’elle serait trop vieille. Pourtant, bien qu’une crise du logement sévisse depuis plusieurs années au Québec, on ne trouve absolument rien d’anormal à ce que des immeubles refusent de louer un logement à une personne de moins de 55 ans. Pendant que le taux d’inoccupation des places standards dans les résidences réservées aux 55 ans et plus a atteint un sommet de 12,8 % en 2021, on peut discriminer impunément les familles et les personnes dans la vingtaine ou trentaine, en leur refusant l’accès à ces logements et les laisser dans la rue sans que personne ne s’en émeuve!

Boomers : tendez-nous la main!

Les baby boomers ont travaillé de longues heures pour se payer des retraites, parfois en nous laissant à la garderie dès 6h le matin et en nous récupérant bien après que l’école ne soit finie. Certains boomers souhaitent à présent profiter de leur temps pour vieillir en santé et en tranquillité dans des tours à logements de luxe réservées aux gens de 55 ans et plus. Si on peut déplorer, avec justesse, que les aînés soient de plus en plus isolés du reste de la société, il nous est permis de nous demander si leur désir de vivre entourés de gens assez vieux pour les laisser tranquilles ne serait pas à l’origine du fait qu’ils soient exclus des préoccupations des plus jeunes. Si, pour ma part, je souhaiterais que  les générations qui nous ont précédés soient davantage valorisées et qu’on leur montre toute la gratitude et le respect qu’ils méritent, j’aimerais que ces aînés s’isolent un peu moins du reste de la société en n’habitant pas des immeubles réservés aux vieux et en ne soutenant pas des lois qui suppriment la vie des plus vulnérables d’entre nous. Ce n’est qu’en s’approchant des plus jeunes que ces derniers pourront véritablement profiter de la sagesse et de la bienveillance de leurs aînés!

Mathieu Binette

Mathieu Binette

Je suis père d'une famille de 7 enfants. J'étais cadre dans une compagnie de télécommunications avant de me consacrer à temps plein aux études en théologie. Je rends service aux communautés chrétiennes (paroisses, diocèses, mouvements, etc) en tout ce qui touche le web : contenus, sites, médias sociaux, etc. J'ai aussi étudié la conception sonore assistée par ordinateur en 2002. Outre les films et l'évangélisation, je suis passionné de généalogie et d'histoire.

Une réponse

  1. Reçu de Claudette :
    “Bonjour, Mathieu,
    J’aime bien tes réflexions sur ce texte de Stéphan Laporte. Quelle société laissons-nous, à nos enfants? Oui, les vieux doivent cesser de s’isoler. Les plus épanouies sont justement ceux qui s’impliquent dans la société et ils demandent l’aide médicale pour bien vivre, c-à-dire, pour continuer à s’impliquer et d’avoir une vie fructueuse et non rabougrie ou fataliste. Combien de saints sont morts très âgés, en louant Dieu?
    Quel mauvais exemple les Baby-Boomers ont donnés à leur progéniture, en rejetant tout enseignement sur la Foi? Et ce sont nos enfants qui en paient la facture.
    Quel monde, dans lequel nous vivons! Mais, Dieu a sorti combien de fois son peuple du marasme? Il le fera encore, il appartiendra à chacun de l’écouter. Et, c’est pour eux que nous travaillons et que nous prions, Mathieu.
    Merci pour ton beau partage, Claudette “

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